00:15:03 : Une série de personnages français défilent à l’écran : Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude (et pas « Henrion-Claude »), Didier Raoult et Christian Perronne.

On entend alors un fragment de l’échange qui a eu lieu sur plateau de la chaîne française TMC, entre le Pr Christian Perronne et un journaliste.

 

– Ch Perrone : « …C’est un grand délire, mais qui est instrumenté, parce que c’est pas par hasard… »

– Journaliste : « Par qui ? »

– Ch Perronne : « Par Big Pharma. Tout ça est instrumentalisé… »

– Journaliste : « Vous savez quoi ? On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste, Pr Perronne ! »

Nous retrouvons là une des grandes thématiques du film. Il suffirait d’exprimer une position à rebours du discours dominant ou de poser une question dérangeante pour se voir taxer de complotiste.

Regardons d’un peu plus près.

De quoi parle-t-on ?

Quel est le sujet de la discussion ? Quel est ce « grand délire » dont parle Christian Perronne sur le plateau de TMC ?

La question semble basique. Mais le spectateur n’a en fait aucune information et, s’il se contente de regarder le film, il ne saura pas de quoi est-ce qu’on parle ici.

Il s’agit d’un extrait du Grand Oral, sur TMC, daté du 31 août 2020. Il est question du Covid, bien-sûr. Mais très concrètement, à ce moment-là, on parle de la 2ème vague. Nous devons rappeler ici, qu’en été 2020, certains prétendaient que l’épidémie de Covid était en train de se terminer et qu’il n’y avait aucune raison de craindre une 2ème vague. Christian Perronne (comme Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude et Didier Raoult) faisait partie de ces personnalités médiatisées qui niaient cette 2ème vague. Ce « grand délire » instrumenté, c’était la 2ème vague.

Il peut être utile de se replonger dans le contexte de l’époque, par exemple en prenant du temps pour fouiller dans les archives des médias et, ainsi, lire et réécouter ce qu’ils se disait. Pour donner une idée, nous partageons ici la courbe des nouvelles admissions pour Covid dans les hôpitaux français en 2020, avec la date du 31 août mise en évidence.

« Un grand délire » instrumenté par « Big Pharma » : est-ce que ces paroles du Pr Perronne étaient vraiment pertinentes au vu des événements en cours ? Le spectateur du film n’a guère le loisir de se poser cette question, vu que le réalisateur ne donne aucun élément de contexte, ni même aucune information sur le sujet de la discussion.

Cette succession d’images et de paroles laissera simplement la vague impression qu’il suffit d’un propos un peu vif et à contre-courant pour être taxé de complotiste.

Mais il y a encore mieux.

Encore un curieux découpage

Voici un extrait original de l’émission. Nous invitons le lecteur à le comparer avec l’extrait du film de B Crutzen que nous avons partagé plus haut.

Le réalisateur a découpé et remonté les propos de Christian Perronne.

– Ch Perrone : « …C’est un grand délire, mais qui est instrumenté, parce que c’est pas par hasard… »

– Journaliste : « Par qui ? »

– Ch Perronne : « Par Big Pharma, je pense. Et puis, aussi, les politiciens ont peut-être intérêt à ce que il n’y ait plus de rassemblements dans la rue, au mois de septembre-octobre, alors qu’il y avait de grandes manifestations annoncées, parce que là, la police va pouvoir réprimer tout rassemblement. On l’a vu ces dernier jours. Et tout ça est instrumentalisé… »

– Journaliste : « Vous savez quoi ? On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste, Pr Perronne ! »

Pourquoi le réalisateur a-t-il jugé utile découper les propos de Christian Perronne, supprimant discrètement le passage où il fait un lien entre l’idée d’une 2ème vague et la volonté des politiciens d’empêcher tout rassemblement ? Pour raccourcir son film de 14 secondes ?

Il nous semble assez clair que les propos de Christian Perronne auraient été perçus de manière très différente par les spectateurs du film, s’ils avaient eu quelques éléments de contexte et, surtout, si le réalisateur n’avait pas opéré ce curieux montage. Et il n’y aurait certainement pas eu grand monde pour s’offusquer que l’on parle de complotisme face à de tels propos.

Un mécanisme récurrent

Nous avons donc ici un discours difficilement défendable (d’autant plus après coup, alors que nous savons que, non, cette 2ème vague n’était pas juste un délire et, non, la pandémie n’était pas en train de se terminer en cet été 2020). Mais nous avons aussi quelques petits trucs qui rendent, en apparence, ce discours plus présentable. Et le qualificatif de « complotisme » semble du coup abusif.

Nous retrouvons là un mécanisme récurrent dans le film. Ne pas soutenir de manière explicite un discours ouvertement complotiste, mais déformer ce dernier et le présenter de manière très atténuée, anodine, voire sympathique, en trompant le spectateur avec mille stratagèmes. Le spectateur ne peut dès lors tirer qu’une conclusion : le discours en question est injustement dénigré, la notion de « complotisme » n’est qu’une étiquette infamante destinée à discréditer les contestataires ou les lanceurs d’alerte.

Grompf