Home – Ceci n'est pas un complot Tue, 28 Jul 2026 15:04:05 +0000 fr-BE hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.0.2 La méthode C. /la-methode-c/ Sat, 16 Jul 2022 14:31:38 +0000 /?p=568 Read More]]>

Après avoir passé du temps à vérifier toute une série d’informations inexactes, voyons maintenant la méthode C. Le réalisateur nous dit Je me suis nourri des textes et vidéos de nombreux journalistes indépendants, bloggeurs ou youtubeurs, parfois taxés de complotistes, qui ont effectué un travail remarquable et abondamment sourcé. Qu’en est-il en fait ?

Déclaratif 1 : Je me base sur un travail remarquable et abondamment sourcé.

Déclaratif 2 : Je ne suis pas un complotiste comme certains dont je tiens à me démarquer

23: 49 : Tacler le premier virologue du pays, fait-il de moi un complotiste? Pour me rassurer, je regarde sur le web à quoi ressemblent ceux que l’on considère comme de vrais adeptes des théories conspirationnistes.

Suivent des extraits de vidéos complotistes, que l’on pourrait qualifier d’assez caricaturales. Le réalisateur nous montre que, lui, il n’est pas comme ça.

Dans le dernier extrait, Il est question de vaccins, nano-particules et 5G : «Le vaccin et les nanoparticules sont donc injectés simultanément dans votre corps. Dès cet instant votre téléphone portable vous localise aussitôt et je vous souhaite bonne chance à tous.»

Cette vidéo, est intitulée «Alerte Vaccin – Institut Pasteur & Microsoft ont les brevets».

On trouve cette vidéo sur la chaîne Vivavalval d’Odyssée. Odyssée est un des refuges des vidéos supprimées de YouTube. Vivavalval est une des chaînes complotistes que l’on y retrouve et y propose différentes vidéos du même acabit : Silvano Trotta, Médicos por la Verdad (“Médecins pour la Vérité”), Hold-Up, Bon Sens, etc. Des noms bien connus de tous ceux qui s’intéressent aux milieux conspirationnistes purs et durs.

Nous sommes en territoire complotiste, nous dit le réalisateur. Jusque là, on est bien d’accord avec lui.

Et pourtant…

Dans une autre séquence du film, pour accréditer le fait que les gouvernements en feraient trop et qu’il n’y aurait pas vraiment de 2ème vague, nous voyons apparaître différentes intervenants « renommés », que nous avons déjà évoquées, dont le Dr de Benito, que nous prendrons ici pour exemple.

D’où vient cet entretien? À l’origine, il s’agit d’une interview donnée le 13 août 2020 à la RTVE, la télévision publique espagnole. C’est d’ailleurs la source que mentionne le réalisateur.

Est-ce vraiment sa source? Que nenni, c’est relou et rimbou ! Ses extraits vidéos viennent de la chaîne Vivavalval qui en a assuré la traduction. Nous le savons grâce à la mention en jaune, en haut à gauche de l’image : “Trad. Vivavalval”. Dans la première partie de l’extrait vidéo, l’image semble avoir été recadrée de manière à ce que cette mention ne soit pas visible. Recadrage qui a visiblement été oublié dans la 2ème partie de l’extrait.

Le 7 octobre 2020, Bernard Crutzen, en cours de montage, publie déjà une vidéo d’un peu plus de 5 minutes accompagnée du texte suivant

Dans son documentaire en cours de tournage, le réalisateur Bernard Crutzen démonte la narration médiatique de cette crise qui devient plus politique que sanitaire. Pour soutenir leur enquête, participez au financement participatif et partagez votre indignation à vos amis ! Chaque petit geste compte [nous soulignons et reviendrons sur le terme “enquête”]

On y voit un cours extrait de cette même interview, avec la mention “Trad. Vivavalval” ainsi que la traduction de Vivavalval en sous-titre

Voilà donc une excellente occasion de visiter la complosphère qui effectue ce “travail remarquable et abondamment sourcé

Le Dr Luis de Benito, dont nous avons déjà pu montrer le côté pour le moins discutable de ces déclarations avait connu une notoriété certaine dans dans les milieux complotistes francophones. L’extrait vidéo en question a été abondamment partagé par des « personnalités » et des sites tels qu’Alain Soral (Égalité & Réconciliation), Nexus, Planète360, Réseau International, Salim Laïbi (Le Libre Penseur ), etc.

Nexus

Egalité et réconciliation

Planete 360

Liberté

Covidinfos.net

Réseau international

Le Libre Penseur

SOTT (Signs of the Times)

Ze Journal

Le Rifain

Vivavalval

Et c’est donc Vivavalval, grâce à sa traduction, qui a popularisé cette vidéo dans ces milieux. On y retrouve généralement la mention “Trad. Vivavalval”. On y retrouve souvent un lien cassé car YouTube a supprimé la vidéo de la chaîne Vivavalval. D’autres chaînes YouTube l’ont reprise à leur compte (toujours avec la mention “Trad. Vivavalval”) tout comme la chaîne Odysee de Vivavalval
Nous ne saurons sans doute jamais auprès de quelle source exactement le réalisateur est allé puiser ses images. Égalité & Réconciliation ? Nexus ? Ou alors, directement sur la chaîne Vivavalval, aux côtés de cette vidéo sur les vaccins, la 5G et les nano-particules, qu’il nous montre pourtant dans son documentaire, en guise d’illustration de ce qu’il dit ne pas être?

Un travail d’enquête?

Le problème ne concerne pas seulement la provenance d’un extrait vidéo. Le commentaire, dans son contenu et sa tonalité, semble directement tiré lui aussi des sites complotistes, dont il veut pourtant de se démarquer. Pas la moindre trace d’une vérification de l’information, d’enquête, comme le réalisateur le revendiquait en octobre 2020 .
Pourtant il y avait matière à vérifier. Et d’autant plus au moment du montage. Car, à ce moment là, nous avions confirmation de la gravité de la situation. Les semaines qui ont suivi ces déclarations ont été tragiques dans la région de Madrid; nous assistions bel et bien au début de la 2ème vague dans la région. Que les propos du Dr Luis de Benito aient pu faire illusion dans certains milieux à l’époque, vers la mi-août 2020, au moment où la courbe des hospitalisations ne faisait que recommencer à grimper, est une chose. Mais il en est une autre que de continuer à leur accorder du crédit après coup, alors que Madrid (comme d’autres région d’Europe) a entre-temps souffert d’une 2ème vague, avec son cortège d’hospitalisations et de décès.

Maintenant, nous sommes donc sans doute mieux à même d’appréhender ce que le réalisateur entend lorsqu’il affirme s’être “nourri des textes et vidéos de nombreux journalistes indépendants, bloggeurs ou youtubeurs, parfois taxés de complotistes, qui ont effectué un travail remarquable et abondamment sourcé.

Épilogue : des nouvelles du Dr Luis de Benito

Pour conclure, nous ne pouvons pas résister à donner quelques nouvelles de ce médecin espagnol dont nous avons fait connaissance grâce à Bernard Crutzen. Nous découvrons une histoire de nano-particules, injectées lors de la vaccination, afin de nous contrôler à distance: le Dr de Benito aurait en effet découvert que les personnes vaccinées génèrent un signal BlueTooth, avec une adresse MAC individuelle. Il l’aurait lui-même vérifié dans son cabinet, sur ses patients, à l’aide d’un téléphone portable. Pour celles et ceux qui lisent l’espagnol, divers articles de fact-checking ont traité cette anecdote.

Dans une vidéo, le Dr de Benito partage donc ses découvertes et les questionnements qui surgissent (Comment, par exemple, se fait-il que chaque patient vacciné génère une adresse MAC différente alors qu’un même flacon de vaccin peut servir sur 5 patients différents ? Etc.). Les plus curieux visionneront avec intérêt cette  version abrégée et sous-titrée en anglais :

Le Dr de Benito, qui dénonce avec véhémence les manipulations par la peur auxquelles se livreraient les autorités et les grands médias, nous raconte donc qu’une large part de la population mondiale serait désormais sous le contrôle de forces occultes mystérieuses, au travers de dispositifs nano-technologiques.

Bigre…

Grompf

]]>
Un film documentaire ? Une enquête? Une fiction? /un-film-documentaire-une-enquete-une-fiction/ /un-film-documentaire-une-enquete-une-fiction/#comments Tue, 12 Jul 2022 10:58:27 +0000 /?p=1222 Read More]]>

En août 2021, Bernard Crutzen, donne donc un entretien à cet étrange média qu’est Kla TV . L’intervieweuse lui demande ce qu’il changerait s’il devait refaire son film. La réponse mérite de s’y attarder:

En fait, j’ai remarqué que les médias m’attaquaient surtout sur des questions, je dirais, plutôt factuelles, et je prendrais un journaliste vraiment dont c’est le métier, d’aller tout vérifier au niveau des informations. Moi, je suis plutôt un réalisateur de documentaires et j’ai une approche un peu plus imagée, je vais dire. Donc, j’aime bien faire des films qui sont agréables à regarder, donc je mets beaucoup d’attention sur le fait que la musique soit chouette, que ce soit joli à regarder, qu’on soit entraîné. En fait, je prends en gros, je chemine un peu avec les spectateurs, je les prends avec moi, parce que je crois que je suis quelqu’un d’assez « lambda ». Enfin je veux dire que je ressemble aux gens que je fréquente et donc ils s’identifient peut-être à moi et donc dans les questions que je me pose. Mais je ne suis pas un journaliste pointu, je n’ai pas les moyens d’aller fouiller, etc.
Et donc voilà, si je devais faire une suite ou refaire le film, je prendrai un ou deux journalistes d’investigation, vraiment des gens qui vont creuser les dossiers pour ne pas dire des bêtises. Parce que j’ai été attaqué sur quelques faiblesses, on va dire, du film.

Ces propos sont d’autant plus étranges que « Ceci n’est pas un complot » est présenté comme une enquête, et non comme une fiction. L’aspect factuel devrait avoir son importance. Et lorsque le réalisateur prétend qu’il aurait été attaqué pour « quelques faiblesses », nous laissons le lecteur examiner (et vérifier) les autres articles de ce site.

Bernard Crutzen n’avait donc, nous dit-il, « pas les moyens d’aller fouiller » et, si c’était à refaire, il engagerait un ou deux journalistes d’investigation… Nous nous demandons dès lors ce qu’est devenu le travail des divers enquêteurs engagés, avec l’argent du crowfunding  ?

Où est donc passée l’enquête ?

Jusqu’à sa sortie, le film a été présenté comme une « enquête ». Nous nous référons aux propos de Bernard Crutzen lors des appels à la générosité du public alors qu’il préparait « Ceci n’est pas un complot ». Dans une vidéo diffusée le 14 octobre 2020, il évoque des « semaines d’enquête ».

Le 30 octobre, il espère pouvoir engager un ou une journaliste freelance si le public se montre suffisamment généreux. Le 20 novembre il explique comment il compte utiliser les dons en fonction des montants obtenus: Ier palier 30.000€ : Documentaire version belge – 2ième palier : 38.000€ Infographiste & musique originale – 3ième palier 58.000€ tournage à Bergamo (Lombardie It), Campagne de promotion et diffusion, rémunération des enquêteurs et du réalisateur – 4ème palier : 60.000€ Documentaire version internationale [notons une version malgache] – 5ième palier: 72.000€ Journaliste supplémentaire – 6ième palier 80.000€ statisticien pour analyser les chiffres ! [notons le point d’exclamation], etc …

84 377 €t seront récoltés. À ce stade, Bernard Crutzen dispose donc « des enquêteurs », d' »un journaliste supplémentaire » et d' »un statisticien »

Le 6 février 2021, à l’annonce de la sortie du film, il est encore bel et bien question d’« investigation » : Entre film d’auteur et investigation, notre intention est de proposer un point de vue différent, mais surtout de déclencher davantage de débats.

Des semaines d’enquête, des journalistes, un ou une statisticienne… Pour au final diffuser des contre-vérités que de simples internautes décèlent en menant quelques vérifications sur le web ? Et après-coup, il explique qu’il n’avait pas les moyens de fouiller, qu’il s’est surtout intéressé à l’aspect esthétique et une prochaine fois, il aimerait bien engager des vrais enquêteurs ?

Et nous insistons donc sur notre question : s’il n’a pas eu les moyens « d’aller fouiller », à quoi ont dont été occupés les enquêteurs engagés grâce au crowfunding ? Que reste-t-il de cette fameuse « enquête » ? Une musique chouette et de jolies images ?

]]>
/un-film-documentaire-une-enquete-une-fiction/feed/ 1
Anti-vax, anti-IVG, homophobe, complotiste, pro-Poutine, … Un bien curieux média lié à une secte /anti-vax-anti-ivg-homophobe-complotiste-pro-poutine-un-bien-curieux-media-lie-a-une-secte/ Wed, 06 Jul 2022 15:07:16 +0000 /?p=1174 Read More]]> Depuis quelques mois apparaissent, de manière de plus en plus visible, les liens existants entre discours anti-vax, anti-IVG, homophobe, etc. Grâce à Bernard Crutzen, nous vous présentons ici un exemple extrême de ces inquiétantes convergences. Un exemple tellement extrême qu’il en paraît caricatural, voire irréel. Notre travail sur le film « Ceci n’est pas un Complot » nous a mené jusqu’à une curieuse Web TV suisse : KLA TV.

Kla TV ou « Klagemauer TV », signifie « Mur des Lamentations TV ». Le mieux serait de prendre le temps de flâner sur leur site et sur leurs comptes sur les réseaux sociaux. Nous proposons ici un petit échantillon de captures d’écran qui permettra au lecteur de se faire une idée de ce que propose ce média.

 

 

 

 

 

 

 

 

Et ainsi de suite… Nous vous épargnons les révélations sur Bill Gates, les Rothschild, le lobby LGBT, les effets cachés des vaccins, la 5G, les satanistes, les chemtrails, etc.

Kla TV est liée à une secte, l’Organic Christ Generation (OGC) et à une organisation nommée la « Coalistion Anti-Censure (AZK). Ces 3 structures sont issues d’une seule et même personne, Ivo Sasek. Le lecteur ne sera pas trop étonné si nous précisons que le tout semble fortement ancré à l’extrême-droite.  Nous arrêterons ici l’analyse de ce média. Le lecteur curieux peut se reporter sur ces quelques liens pour en savoir plus :

 

De bien curieuses fréquentations

 

Mais pourquoi donc tenons-nous à parler ici de ce curieux média ?

Parce que  nous pouvons y visionner une interview de plus d’une demi-heure que Bernard Crutzen a accordé à Kla.tv. L’entretien consacré au film « Ceci n’est pas un complot » est datée d’août 2021.

 

Journaliste professionnel, ayant mené une enquête sur la couverture médiatique du Covid, avec une attention particulière portée à la notion de complotisme, ne savait-il rien de ceux qu’il accueillait chez lui en accordant une interview à Kla TV ?

 

Nous parlons d’une web TV liée à un mouvement sectaire, diffusant les théories les plus extrémistes sur les vaccins, les Rothschild, les homosexuels, la 5G, le climat, etc, et versant parfois dans le négationnisme. Et tout cela, n’importe quelle personne qui mènerait une brève recherche sur internet le découvrirait facilement.

 

 

« C’est comme ça que la Shoah s’est installée »

 

 

Bernard Crutzen a donc jugé opportun de les accueillir chez lui pour leur accorder une interview afin de promouvoir son film. Mieux, il a jugé opportun, dans ce contexte, de se livrer à une comparaison entre la politique sanitaire face au Covid et la politique de l’Allemagne Nazie vis-à-vis des Juifs.

 

Voici un extrait de l’interview :

Donc, on sent qu’il y a des démissions et des petites peurs personnelles, chacun veut préserver son petit intérêt personnel et ça c’est très dangereux. Parce que, pour moi, quand on relit l’histoire, c’est comme ça que la Shoah s’est installée. Je veux dire, c’était chacun : « Mais moi, je ne fais qu’ouvrir la porte … je ne fais que pousser sur le bouton. » Et donc chacun a une petite part de responsabilité qui lui paraît insignifiante ou minime et donc il ne se rend pas compte qu’il fait partie d’une grosse machine qui avance. Voilà.

Et d’un point de vue collectif, mais malheureusement on ne peut plus se rassembler, je pense que ce n’est pas par hasard que les lieux de culte ont fermé. Parce que l’on sait que c’est là que les gens retrouvent de la … qu’ils vivent ensemble et qu’ils peuvent s’entraider et puis échanger etc. Moi, quand j’étais jeune, si on parlait des églises, on refaisait le monde. Dans les universités, sur les campus, à la mosquée probablement aussi, les gens parlent, se soutiennent, etc. Tout ça a été cassé.

On sent bien qu’il y a une volonté … enfin, je pense que malheureusement il y a une volonté que les gens ne puissent plus se regrouper et donc on doit chacun lutter individuellement.

 

Les comparaisons entre les mesures sanitaires et le régime nazi n’ont hélas pas été exceptionnelles depuis le début de la pandémie. Et elles sont dans tous les cas scandaleuses. Mais ici, nous sommes dans un contexte particulier : une web TV connue pour diffuser les théories du complot les plus nauséabondes versant volontiers dans l’antisémitisme.

 

L’idée d’un monde dirigé en secret par des élites portant un patronyme juif, comme dans cet exemple, semble particulièrement appréciée sur Kla TV :

 

De plus en plus de gens commencent à comprendre que 99 % de la population mondiale est contrôlée par une élite du pourcentage restant. Mais qui contrôle cette élite de 1% ? S’agit-il d’une simple théorie de conspiration qui attribue ce rôle à la famille Rothschild ? En effet, la famille Rothschild semble littéralement tout dominer, même l’élite du 1%.

 

 

Voici encore une traduction d’un passage d’une enquête d’une chaîne publique allemande, la BR (« Bayerischer Rundfunk ») :

 

En octobre, Klagemauer-TV a diffusé le film « Höllensturm » – il s’agit d’une version courte du film « Hellstorm » du réalisateur américain et néonazi Kyle Hunt, qui voulait, avec sa « marche de l’homme blanc », attirer l’attention sur ce qu’il considérait comme un génocide mondial des Européens. Dans son film, Hunt aborde les prétendus crimes de guerre alliés et déclare que les nazis ont fait de l’Allemagne un pays à nouveau joyeux et plein d’espoir. La Klagemauer-TV a renoncé à ce passage, mais a laissé inchangé le générique de fin, qui montre des enfants saluant Hitler, des gens dansant devant des drapeaux à croix gammée et des images idylliques de l’Allemagne nazie.

 

Ce n’est qu’après la demande de la BR que cette fin n’est plus en ligne. « Plus jamais de guerre devrait être le sens de cette émission ! Pas de deuxième guerre ! Plus de propagande de guerre par les bellicistes américains », écrit Ivo Sasek. Mais lui aussi effleure régulièrement le révisionnisme historique et les positions de l’extrême droite. Dans un sermon, il parle par exemple d’une écriture de l’histoire « commandée ». Et dans un autre, il explique que le fait que tout le monde entende parler de l’Holocauste et du national-socialisme pendant des décennies sert les plans de domination mondiale du diable.

 

Sasek explique dans sa prise de position qu’il voit toujours les choses de cette manière :

« En s’acharnant constamment contre les soi-disant délits religieux (ce qui est en réalité le fait de terroristes déguisés sur une base purement religieuse) ou contre la conscience nationale (l’Holocauste en raison de la fierté nationale), on obtient l’accord des peuples pour dissoudre aussi bien tout État-nation que toute religion. Il en résultera un seul État mondial avec un seul gouvernement mondial, une seule religion mondiale, une seule monnaie mondiale, etc. » (Ivo Sasek en 2016 dans une déclaration à la BR.)

 

 

Que penser de participer, d’une manière ou d’une autre, à un tel média? De comparer les mesures sanitaires prises pour lutter contre le Covid avec la Shoah?

 

« Communication anxiogène »

 

Pour conclure, revenons un moment sur un des leitmotiv de Bernard Crutzen: la « communication anxiogène » à laquelle se livreraient les médias :

 

  • Je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’anormal derrière tout cela. Donc j’ai voulu creuser et savoir pourquoi le discours médiatique était si anxiogène. Et comme j’ai beaucoup d’amis journalistes, je leur ai écrit une lettre ouverte à une douzaine d’entre eux en leur disant : mais les gars qu’est-ce que vous faites ? Vous êtes en train de faire paniquer la population (…) !

  • Et donc à partir de ce mot « complot », j’ai essayé de creuser pour savoir pourquoi ce discours anxiogène était omniprésent et s’il n’y avait pas autre chose derrière tout cela.

  • Pour moi, le seul objectif de maintenir ce masque, c’est que les gens continuent à avoir peur et donc se réfugient dans le vaccin.

  • Et ça c’est typiquement la méthode qu’utilisent les journaux, donc voilà, ils créent de l’angoisse dans la population.

  • Moi j’avais espéré que certains éditoriaux se poseraient de vraies questions. Ils ont un petit peu remis en question le discours anxiogène. (…) mais ça a très vite abandonné à cause de la campagne vaccinale. Ils sont tous comme un seul homme derrière cette campagne.

Bernard Crutzen dénonce donc une politique de la peur, sous prétexte que les autorités sanitaires ont demandé aux gens de porter un masque dans les transports publics. Et il le fait ici, sur cette chaîne, regorgeant d’histoires de complots sataniques, maçonniques, pédophiles et autres, qui auraient infiltré aussi bien les gouvernements, que les instances scientifiques, les écoles, le Vatican et même les Studios Disney. Nous aurions envie d’en rire. Mais hélas, c’est sérieux.

 

Grompf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

]]>
Quand l’étiquette « complotiste » devient une médaille /quand-letiquette-complotiste-devient-une-medaille/ Mon, 04 Jul 2022 07:43:03 +0000 /?p=1157 Read More]]>
Comme on a pu le voir dans nos articles précédents, le film « Ceci n’est pas un complot » recèle de nombreuses erreurs, des déclarations tronquées, va s’approvisionner sur des sites franchement complotistes… Mais en outre, il défend un narratif qui tient en une idée: Le qualificatif de « complotiste » ne serait là que pour discréditer les quelques courageux qui oseraient questionner le « discours officiel » diffusé par les « médias mainstram. ». Un narratif très proche de celui de Trump ou du Kremlin qui disent « Fake » à longueur de déclarations.  Voyons comment cela s’articule:

A 15:32, le réalisateur dit en voix off: Le journaliste Alexandre Penasse, éditeur du média Kairos questionne la 1ère ministre sur d’éventuels conflits d’intérêts au sein du groupe des experts qui la conseillent. Sophie Wilmès estime que la question est biaisée politiquement et recadre le journaliste.  Le lendemain, le site RTL Info titre «Un journaliste avance une théorie du complot» Ainsi donc, poser une question somme toute basique fait de vous un complotiste ?

Un thème central du film

Le qualificatif de «complotiste» ne serait-il qu’un simple truc utilisé pour discréditer celles et ceux qui poseraient des questions dérangeantes ? C’est une thématique centrale du film.

Nous citons le réalisateur, présentant le projet du film, qu’il qualifiait d’«enquête» (nous soulignons ce terme) : «Nous sommes particulièrement intéressés par le qualificatif de complotiste qui discrédite toute parole, même scientifique, n’émanant pas des autorités.»

Une question – somme toute – basique ?

La question est-elle si basique que cela ? Le spectateur aurait de la peine à en juger, vu que le réalisateur a tronqué les propos qu’Alexandre Penasse avait tenus ce jour-là, 15 avril 2020.

Le film mentionne la date du 24 avril 2020. Mais nous insistons : cette conférence de presse avait bel et bien lieu le 15 avril. Ce n’est pas grave : le mois et l’année sont corrects, cela nous paraît déjà bien vu le contexte.

Voici donc la question complète posée ce jour-là.

 

Nous invitons le lecteur a comparer ceci avec l’extrait du film, et avec ce que le réalisateur en dit («Une question somme toute basique»).

Pour notre part, nous sommes notamment frappés par le décalage entre, d’un côté, les accusations graves lancées sur un ton très péremptoire, et, de l’autre côté, l’absence d’éléments concrets étayant ces accusations, ainsi que le caractère brouillon du propos. Que vient faire, par exemple, la 5G dans cette histoire ? Les informations sur les activités professionnelles passées des experts citées ici sont des informations qui étaient accessibles, publiques : aucune révélation. Et suffit-il d’énumérer de telles informations pour justifier une accusation de « conflits d’intérêts » ?

Poser des questions, poser des questions… Et les réponses ?

Et que penser de la réponse de la 1ère Ministre belge, alors en exercice, Sophie Wilmès ? Là encore, le spectateur aura de la peine à se faire une idée vu qu’il n’en entend presque rien.

Voici donc la réponse complète de la 1ère Ministre :

 

Et là encore, nous invitons le lecteur à comparer avec ce qui apparaît dans le film.

Notons que l’article de RTL Info, que l’on entrevoit à l’écran, avait publié les propos tenus de manière relativement complète. L’article n’est plus disponible sur leur site, mais on en trouve une version archivée (sans la vidéo).

Les habitués du discours complotiste retrouveront ici un fonctionnement qui leur est familier. Il y a une insistance sur la notion de «question dérangeante» (que l’on ne pourrait plus poser sans se faire taxer de «complotiste») et de l’autre, il y a un désintérêt quasi absolu à l’égard des éventuelles réponses qui seraient apportées à ces fameuses questions. En principe, une question est sensée appeler une réponse, et celle-ci devrait donc importer.

Nous émettons l’hypothèse que, dans certains discours, la question n’est qu’un procédé rhétorique destiné à jeter des affirmations gratuites et à diffuser des sous-entendus, tout en endossant l’habit du frondeur à l’esprit libre qui ose remettre en cause le Système.

Juste avant : «On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste»

Il vaut la peine de resituer cette scène dans le film. Regardons ce qui précède.

Nous avons donc, dans l’ordre :

  • Les America’s Frontline Doctors. Selon le réalisateur, ils ne feraient qu’«expliquer qu’il ne faut pas céder à la panique et que l’on peut guérir du Covid.» En fait, ce groupe de médecins connus pour leur proximité avec l’« Alt Right » faisaient, entre autres, la promotion de l’hydroxychloroquine comme remède miracle (et ils en ont fait un juteux commerce, d’ailleurs).

  • Le Dr Luis de Benito. Selon le réalisateur, il «remet en place une journaliste qui cherche à tout prix le sensationnel». En fait, il soutenait (en été 2020) que l’épidémie était terminée et que la 2ème vague n’était qu’un montage médiatique pour justifier un contrôle de la population (et d’autres affirmations du même style).

  • L’Außerparlamentarischer Corona Untersuchungsausschuss (ACU). Selon le réalisateur, des médecins, qui «s’organisent avec des avocats pour dénoncer la narration officielle de l’épidémie.» En fait, un regroupement de médecins (dont certains n’exercent plus) diffusant les thèses complotistes les plus farfelues, allant de la négation pure et simple de l’épidémie à l’annonce d’un authentique apocalypse vaccinal, le tout en lien avec la promesse d’un Procès de Nüremberg 2.0, sensé juger les responsables de ce qu’ils appellent la «plandémie».

  • Le Pr Christian Perrone. Celui-ci s’entend dire «On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste, Pr Perronne !» Il faut regarder les 2 extraits vidéos que nous partageons dans l’article dédié et comparer la version, tronquée et remontée, proposée par le réalisateur, avec la version complète du propos du Pr Christian Perronne. Tels que montrés dans le film, ces propos semblent certes accusateurs mais pas complètement délirants et on pourrait s’étonner que le journaliste utilise le terme «complotiste» pour si peu. Une fois que l’on entend le propos en entier, l’impression est différente.

C’est ce même mécanisme que l’on voit à l’œuvre dans la séquence qui nous occupe ici, avec Alexandre Penasse et sa question. Le réalisateur nous montre une version atténuée d’un propos et dénonce ensuite le fait que certains le qualifient de «complotiste».

Et après ? Du concret, enfin ?

Et après la séquence de la conférence de presse, a-t-on enfin du concret, quelque chose qui appuierait les accusations formulées, sous forme de question, par Alexandre Penasse ?

Nous voyons des extraits d’une interview d’une anthropologue, Jacinthe Mazzochetti. Ce que nous entendons semble confirmer la thèse du réalisateur, selon laquelle le terme de «complotiste» ne servirait qu’à discréditer ceux qui oseraient tenir un discours dérangeant. Mais cette anthropologue adénoncé les pratiques du réalisateur, affirmant que ses propos ont été manipulés par un montage trompeur.

Nous entendons ensuite Alexandre Penasse qui soutient que les complotistes seraient ceux qui «mettent en évidence les intérêts occultes» et il parle même de «mise en évidence de corruption réelle». Doit-on en conclure que c’est le cas ici, que des intérêts occultes, voire de la corruption réelle, auraient été mis en évidence ? Le spectateur est invité à faire fonctionner son imagination, car on ne lui apporte toujours rien de concret.

Nous insistons : il ne s’agit pas pour nous de nier l’existence de «magouilles» dans les médias, la politique, l’industrie de la pharma ou autre. Nous soulignons simplement le fait que ni le réalisateur, ni le journaliste interviewé, ne nous ont apporté aucune information réelle à ce stade. Nous ne savons tout simplement pas quels sont les «magouilles» qu’ils auraient mises en évidence.

Mais juste après l’extrait de l’interview, il y enfin du concret : un conflit d’intérêts au sein du GEES, le groupe d’experts belge, que le réalisateur a découvert au travers d’un article d’Alexandre Penasse dans Kairos.

Enfin un exemple concret d’un de ces conflits d’intérêts…

« Ce n’est qu’une lettre en trop ! »

Exemple concret que le spectateur ne verra pas, car le réalisateur a supprimé la séquence en question après coup !

Les informations divulguées n’étaient tout simplement pas vraies.

Donc, après toute cette succession de propos sur les «conflits d’intérêts», voire carrément «la corruption», le seul élément concret s’avérait être une fausse information, au point que le réalisateur a été forcé de retirer la première version, et de la remplacer par une nouvelle version, expurgée de la séquence concernée (sur les réseaux sociaux on peut trouver la 1ère version, que les adeptes du film qualifient de «non censurée»).

Les accusations visaient un microbiologiste qui faisait partie du groupe d’experts, Emmanuel André, et celui-ci avait réagit sur les réseaux sociaux : «Ce qui est dit à mon propos est factuellement faux». Et il semble que la société incriminée ait aussi réagi. Le réalisateur avait alors livré une explication sur son compte Facebook, réduisant le problème à une petite confusion entre 2 mots, «tracing» et «tracking». « Ce n’est qu’une lettre en trop » s’expliquait-il.

Avant de lancer une accusation de conflits d’intérêts cachés, le réalisateur n’avait pas jugé utile d’interroger les personnes visées. Il nous semble utile de rappeler ici que ce film a été présenté comme une « enquête » et que le réalisateur avait affirmé avoir engagé des enquêteurs grâce à la générosité des donateurs.

Quant aux explications données, elles semblent pour le moins incomplètes, si l’on en juge cet extrait d’un reportage de la RTBF(«Quand le doute vire au complot»).

Et ensuite ? Avec Mc Kinsey, enfin du concret ?

Nous continuons avec le cabinet de conseil Mc Kinsey.

Ce nom sent le souffre, en raison de divers scandales révélés à travers le monde. En Belgique notamment, une polémique a éclaté car ce cabinet avait envoyé des consultants pour œuvrer gratuitement au sein du groupe d’experts du GEES, mais il s’est avéré ensuite que la gratuité n’avait duré qu’un temps limité, avant que de juteux contrats ne soient discrètement signés. La polémique a porté sur cette manière de faire, sur les montants engagés et sur le rôle laissé au service public (Pourquoi est-ce que certaines de ces tâches attribuées à ces cabinets n’ont-elles pas été assumées par les organes de l’État ?). Le lecteur trouvera facilement des articles à ce sujet, dans ces médias « mainstream » tant décriés, comme ici ou ici.

Le réalisateur aurait-il révélé dans son film un scandale avant tout le monde ? Clairement non. Là encore, nous avons affaire à des propos vagues et des sous-entendus que nous avons de la peine à interpréter. Mc Kinsey conseille la grande distribution qui a bien profité du confinement ? Et où veut-on en venir ? Les mesures de confinement, en Belgique et ailleurs dans le monde, auraient été prises sur recommandation de Mc Kinsey afin de favoriser ses clients de la grande distribution ? Est-ce cela qu’il faut comprendre ? Tous les gouvernements de par le monde qui ont pris ce genre de mesures l’auraient fait pour de tels motifs ? Et doit-on en conclure que Mc Kinsey ne compterait, parmi ses grands clients, aucune entreprise active dans des domaines affectées par le confinement (transport aérien, transport maritime, spectacle, gaz et pétrole, automobile, etc.) ?

La polémique qui a éclaté en Belgique, sur les montants versés aux cabinets de consultant, fait suite à une enquête publiée dans Le Soir (décidément, ces journalistes mainstream qui cachent les conflits d’intérêts…). En France, un ensemble de scandales a éclaté ces derniers mois (rôle dans la gestion de la pandémie, montant des honoraires perçus depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, doutes sur la légalité de «l’optimisation fiscale» – l’entreprise n’ayant pas payé d’impôts en France -, etc.), notamment suite à une enquête de l’Obs (encore ces maudits journalistes mainstream complices du pouvoir…).

Nous parlons ici de faits, d’informations claires et d’enquêtes journalistiques sérieuses. Pas d’affirmations gratuites et de sous-entendus. Il ne suffit pas de prononcer le nom de « Mc Kinsey » en gesticulant pour pouvoir prétendre avoir dénoncé une affaire.

Après la séquence sur McKinsey, nous entendons un membre de GEES, Marius Gilbert, chercheur en épidémiologie, qui lui aussi s’est exprimé après coup pourdénoncer l’usage des ses propos dans le film au travers d’un montage contestable.

Nous n’allons pas continuer plus loin. Nous laissons le soin au lecteur de visionner la suite du film, s’il souhaite vérifier au cas où, par hasard, on ne trouverait pas trace de cette fameuse « corruption cachée » révélée par l’éditeur de Kairos ou par le réalisateur du film.

 

En conclusion : quelles «révélations» ?

Nous sommes partis d’une interpellation tonitruante, en pleine conférence de presse, qui semblait s’annoncer riche en révélations sensationnelles. Les images ont défilé. Nous avons entendu de nombreuses allusions à des conflits d’intérêts cachés, dont les grands médias se désintéresseraient et sur lesquels seuls des « journalistes indépendants enquêteraient », journalistes indépendants qui se feraient abusivement taxer de «complotistes».

Mais nous attendons toujours ces fameuses révélations.

Et si nous revenons à l’épisode de la conférence de presse, avec la fameuse question adressée par Alexandre Penasse à la 1ère Ministre, cela semble loin de démontrer la thèse des lanceurs d’alerte que l’on voudrait dénigrer avec des accusations de complotisme. Au contraire, ses propos flous sur de vastes scandales occultés par les grands médias semblent plutôt illustrer l’image que l’on peut se faire du complotisme.

En conclusion, nous aimerions insister sur 3 méthodes, 3 fonctionnements, qui sont bien mis en évidence ici et que l’on rencontre ailleurs dans le film et, en général, dans l’univers des théories du complot :

  1. des propos aussi graves que gratuits présentés comme de simples «questions»

  2. le discours victimaire selon lequel on ne pourrait plus poser de questions sans se faire accuser de complotisme

  3. de continuelles références à une opposition entre les « grands médias » (ou « médias mainstream ») d’une part et, d’autre part, les « médias indépendants » (ou « médias alternatifs »), sans jamais fournir une définition claire de ces 2 notions

Grompf


Quelques petits compléments…

1. Au sujet de Kairos Presse

Le spectateur peu attentif et peu au courant pourrait imaginer Kairos comme une sorte de journal, militant et engagé, se livrant à de véritables enquêtes mettant à jour des affaires. Nous avons jeté un œil à certaines de leurs vidéos et à certains de leurs articles et il nous semble que nous en sommes loin. Il y a des grandes accusations peu étayées, à l’image de ce qu’il s’est passé lors de la conférence de presse. Il y a aussi des interview d’invités qui tiennent parfois des propos loufoques, voire parfois franchement scandaleux, sous le regard complaisant de l’interviewer qui ne se soucie guère de la véracité des informations ainsi diffusées. Pour illustrer notre propos, nous partageons ici quelques fils twitter consacrés à ce «média» :

Dans le film, nous entendons A Penasse expliquer que lui n’a rien à voir avec les récits complotistes de type complot lunaire, extra-terrestres ou Terre Plate. Mais si nous regardons concrètement ce qui est diffusé sur son « média », nous n’en sommes parfois pas loin. Et nous avons également constaté qu’il peut participer, avec beaucoup de fierté, à des événements aux côtés de complotistes connus pour des théories de ce genre.

2. Sur l’opposition entre « médias mainstream » (ou « grands médias ») contre « médias alternatifs » (ou « médias indépendants »)

Le réalisateur pose de manière répétée une opposition qui finit par nous enfermer dans une sorte de faux dilemme. Il y aurait d’un côté les « médias mainstream » qui occulteraient les vérités dérangeantes pour le pouvoir et relaieraient sans critique le discours « officiel ». Et de l’autre il y aurait les « médias alternatifs ». porteurs d’une parole qualifiée de « dissidente », qui eux oseraient remettre en cause ce fameux discours officiel.

Du coup, le contenu d’un blog comme celui-ci passe fatalement pour une prise de position en faveur des « médias mainstream » et une attaque contre les « médias alternatifs ».

Sauf que cette opposition ne tient pas si l’on regarde de près.

Comment classe-t-on, par exemple, un média tel que The Epoch Times, dont Bernard Crutzen semble friand ? Un journal soutenu par une secte puissante, proche de la droite dure américaine, distribué en version papier dans divers pays, disposant de sites internets dans de nombreuses langues, avec des chaînes YouTube, connu pour avoir diffusé de nombreux articles à caractère complotiste sur la pandémie, sur la dernière élection présidentielle américaine, etc. Doit-on parler de « média alternatif » ?

Autre exemple : Nexus Magazine (dont on aperçoit le logo sur une brève séquence du film, à 00:15:11) ? Connu pour ses histoires de complot lunaire, de civilisations extra-terrestres et de réinterprétation du mythe de l’Atlantide, ce média s’est lui aussi bien profilé pendant la pandémie en diffusant des récits « alternatifs ». La version papier du magazine est vendue en kiosque dans divers pays francophones, ce qui implique des moyens. Doit-on aussi parler de « médias alternatifs » ?

Et à l’inverse, un journaliste indépendant, qui vivrait de piges, se verrait qualifier de « mainstream » s’il se livre à un travail rigoureux, sourçant ses informations, et s’il ne rédige pas des gros titres sur les effets dévastateurs, et cachés, des vaccins (ou sur les effets miraculeux, et eux aussi cachés, de la chloroquine) ? Et il en irait de même pour un petit site d’information en ligne aux finances précaires, un YouTuber adepte de vulgarisation scientifique ou un simple blogueur : du moment qu’ils vérifient les informations et ne versent pas dans les discours complotistes, auront-ils forcément droit à l’étiquette « médias mainstream » ?

Le réalisateur, qui utilise cette opposition de manière répétée, ne fournit aucune définition de ces 2 notions, aucune explications quant aux critères qui permettraient de classer les médias dans l’une ou l’autre de ces 2 catégories.

]]>
Allusions, allusions… /allusions-allusions/ Wed, 29 Jun 2022 07:03:45 +0000 /?p=1152 Read More]]>

Dans nos articles précédents, nous avons décortiqué un certain nombre d’informations et avons montré à quel point elles étaient fausses, manipulées, tronquées… Nous souhaitons ici (toujours dans notre objectif d’éducation aux médias) montrer comment se construit une allusion, où elle circule et la confusion qu’elle entraîne.

Notre analyse de l’allusion portera sur de sois-disant « conflits d’intérêts ». Y en a-t-il ou pas? En fait, nous n’en saurons en fait rien, malgré que le film nous ait été présenté comme une « enquête » pour laquelle des « enquêteurs » ont été spécifiquement engagés .

Examinons cette séquence du film à 00:43:00

Et puis, les conflits d’intérêt, dont on nous dit qu’ils sont inévitables. Je lis sur ce bandeau que le spécialiste interviewé sur la sécurité des vaccins est professeur d’immunologie à l’ULB. Certes, mais il est aussi président du conseil d’administration de la Fondation AstraZeneca. nous dit Bernard Crutzen

Un conflit d’intérêt masqué par la TV ?

Il s’agit une petite séquence banale dans le film, un extrait d’un JT de la TV publique belge, la RTBF.

La séquence fait suite à un argumentaire expliquant, voire justifiant, la méfiance envers les vaccins. Et juste après nous voyons une séquence où il est question d’un problème dans les contrats passés entre l’État et AstraZeneca (une information basée sur ce que racontent les fameux « médias mainstream » que le réalisateur dénigre pourtant tout au long du film…).

Que nous dit-on ici ? Quelle est l’histoire ? Nous invitons le lecteur à regarder la séquence, voire, idéalement, à la revoir dans son contexte et à réfléchir à ce que peut comprendre un spectateur lambda qui regarderait le film sur son ordinateur ou dans une salle de cinéma.

Il nous semble comprendre qu’il y a un conflit d’intérêts, occulté ici par la TV publique belge : un expert qui parle des vaccins, que la TV présente comme un professeur d’université, alors qu’il est en fait lié à l’entreprise AstraZeneca.

On pourrait nous reprocher d’interpréter le propos. C’est pourquoi nous insistons pour que le lecteur face l’exercice de s’imaginer dans la peau d’un spectateur lambda regardant le film dans des conditions habituelles.

Quelle est l’information ?

Nous entendons qu’il y a des conflits d’intérêts, mais nous ne recevons aucune précision à ce sujet.

Et, ensuite, il semble être reproché à la TV d’avoir présenté ce chercheur, qui parle de vaccins, en tant que professeur d’université, alors qu’il est président de la Fondation AstraZeneca. Le spectateur ne reçoit aucune information sur cette fondation. Nous nous demandons d’ailleurs si, en condition normale, il saisit bien qu’il ne s’agit pas de l’entreprise AstraZeneca. Car il est bel et bien question ici d’une fondation crée et soutenue par cette entreprise, fondation qui attribue notamment des prix à des chercheurs jugés méritants. Il est facile de trouver des articles dans la presse au sujet de ces prix.

De telles fondations, portant le nom de leur sponsor, ne sont pas rares. Le réalisateur a-t-il découvert un élément étayant ses propos sur « les conflits d’intérêts » ? Si oui, pourquoi ne les partage-t-il pas ? Nous serions bien en peine ici de nous livrer à un fact-checking de l’information, vu qu’il n’y a pas vraiment d’information. Les mots « conflits d’intérêt » ont été lâchés, mais on ne nous dit même pas clairement s’ils se réfèrent concrètement à cette situation présente. Les images défilent, on voit apparaître le visage de ce chercheur et le logo de la Fondation AstraZeneca. Et c’est tout.

La TV publique belge aurait-elle dû le présenter, non comme un professeur d’université, mais comme le président de la Fondation Astra-Zeneca ? Président et fondateur d’un institut de recherche sur l’immunologie à l’Université Libre de Bruxelles, un tel chercheur a forcément une multitude de fonctions, dans des écoles, des associations, des groupes de travail. Est-il étrange que le JT de la RTBF le présente sous sa fonction de professeur en immunologie plutôt que celle de président d’une fondation attribuant des prix une fois par année ? Et à quel titre intervient-il dans ce JT ? Il nous semble que c’est en tant que spécialiste de l’immunologie, et non pour parler de l’attribution de prix à des chercheurs. Il y a ici un article de la presse spécialisée qui parle justement de l’attribution de ce prix, et le Pr Michel Goldman y est cité, en tant que président de la Fondation AstraZeneca.

Il ne s’agit pas ici de défendre ce professeur d’université ni les journalistes de la RTBF, mais d’établir les fait. D’ailleurs, même si nous le voulions, nous ne saurions pas contre quoi les défendre, vu que rien n’est dit clairement.

Par ailleurs, nous ne savons pas qui est ce « on » qui prétendrait que les conflits d’intérêts seraient inévitables. Nous avons trouvé passablement de textes expliquant que les INTÉRÊTS sont inévitables. Mais les CONFLITS d’intérêt, c’est autre chose. Le réalisateur ne confondrait-il pas ces 2 notions ?

Et pour compléter, précisons que le sujet du JT en question, daté du 27 juillet 2020, parlait des essais cliniques qui débutaient sur le vaccin Janssen, soit un des concurrents du vaccin d’AstraZeneca. Quant au contenu des déclarations du Pr M Goldman, si le réalisateur les jugeait problématiques, fausses, trompeuses ou partisanes, pourquoi ne pas avoir dit clairement en quoi ? Et surtout, quel est le lien entre ce que le téléspectateur avait entendu au JT ce soir-là et les propos sur les conflits d’intérêt ?

Le réalisateur avait présenté son film comme une « enquête » et il avait même indiqué avoir engagé des enquêteurs grâce à la générosité des donateurs. Mais, découvrant une affaire de conflits d’intérêts impliquant un expert belge connu, au lieu de partager le résultat de son enquête, il se contenterait d’un propos vague, lourd de sous-entendus ?

Un récit connu

Il y a de quoi se questionner sur la provenance de ces accusations confuses de « conflits d’intérêts ». En cherchant sur les réseaux sociaux, nous avons été frappés par l’étrange ressemblance entre ce qui nous est suggéré ici et un récit qui avait circulé en décembre 2020 sur certains sites complotistes, sous la forme d’un texte intitulé « Vaccins Covid-19: la gangrène des conflits d’intérêts, comme avec le H1N1 » (le titre pouvant varier selon le site). On visait déjà le Pr Michel Goldman, mais pour une autre intervention dans un autre JT. Le sujet était la création d’un groupe d’experts chargé de conseiller le gouvernement belge dans l’achat de vaccins.

« Ces engagements entérinés par le gouvernement belge s’établissent sur base des évaluations positives établies par l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) dont un comité a été chargé d’examiner les dossiers des candidats vaccins. Selon le site officiel de l’AFMPS, ce comité est composé d’experts qui « n’ont aucun conflit d’intérêt et sont tenus au secret. Afin de garantir l’indépendance de ses membres, la composition de ce comité ne sera pas divulguée avant la fin de ses travaux. » Pourtant, dans le journal télévisé du 19 août 2020 de la chaîne de télévision belge RTL, le professeur Michel Goldman a été interviewé et présenté explicitement comme étant l’un des membres de ce comité. Or, sur le site officiel de la « AstraZeneca Foundation », Michel Goldman est désigné comme président du board de cette fondation dont la raison d’être consiste à protéger et véhiculer les intérêts de la firme biotechnologique AstraZeneca. »

Le texte semble avoir été publié initialement sur le blog d’Initiative Citoyenne (un collectif antivax dont Sophie Meulemans, intervenante du film, est une des co-fondatrices) en décembre 2020. Nous l’avons trouvé sur d’autres sites du même tonneau, comme ici (Children’s Health Defense Europe) , ou encore ici (Le Libre Penseur).

Une accusation de conflits d’intérêts visant le Pr Michel Goldman, en se basant sur le simple fait qu’il préside la fondation AstraZeneca, et une accusation contre une grande chaîne de TV qui cacherait ce soit-disant conflit d’intérêt. Bref, le récit était plus ou moins connu et a eu un certain succès sur les réseaux sociaux dans certains milieux.

Un bon résumé du film

Cette séquence du film, n’est pas particulièrement spectaculaire : pas de propos tronqué et recollé, ni de mensonge sur le contenu d’un document brandi à l’écran. Et nous ne nous sommes pas livrés ici à un véritable « fact-checking » de l’information, vu qu’il n’y a pas vraiment d’information. Une fois encore, le réalisateur suggère beaucoup, mais ne dit pas grand-chose, comme si c’était à l’imagination du spectateur de faire le travail.

Si nous résumons, nous avons :

  • Des insinuations
  • Une absence d’informations claires
  • Un récit préalablement diffusé sur des sites complotistes, légèrement remanié et mis en forme de manière quelque peu atténuée
  • Aucune de trace de ce qui pourrait ressembler à une enquête journalistique

Une scène typique de ce film qui se veut un documentaire.

Complément :

Nous ne nous sommes pas lancés dans la définition du conflit d’intérêt et la distinction avec la notion d’intérêt. Nous proposons deux textes pour le lecteur qui voudrait aller plus loin :

Un article, de la RTBF, assez accessible, portant justement sur la question des experts belges dans le cadre de la crise du Covid : « Experts de la santé et conflits d’intérêts : quelle transparence ? »

Un article plus général, et beaucoup plus long, tiré d’un site de l’administration canadienne et rédigé par un professeur d’une école d’administration : « conflits d’intérêts »

Mais il est important de garder en tête que « intérêts » et « conflits d’intérêt » ne sont pas synonymes.

]]>
« On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste ! » /on-va-tout-de-suite-vous-dire-que-vous-etes-complotiste/ /on-va-tout-de-suite-vous-dire-que-vous-etes-complotiste/#comments Thu, 09 Jun 2022 17:43:25 +0000 /?p=1145 Read More]]>

00:15:03 : Une série de personnages français défilent à l’écran : Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude (et pas « Henrion-Claude »), Didier Raoult et Christian Perronne.

On entend alors un fragment de l’échange qui a eu lieu sur plateau de la chaîne française TMC, entre le Pr Christian Perronne et un journaliste.

– Ch Perrone : « …C’est un grand délire, mais qui est instrumenté, parce que c’est pas par hasard… »

– Journaliste : « Par qui ? »

– Ch Perronne : « Par Big Pharma. Tout ça est instrumentalisé… »

– Journaliste : « Vous savez quoi ? On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste, Pr Perronne ! »

Nous retrouvons là une des grandes thématiques du film. Il suffirait d’exprimer une position à rebours du discours dominant ou de poser une question dérangeante pour se voir taxer de complotiste.

Regardons d’un peu plus près.

De quoi parle-t-on ?

Quel est le sujet de la discussion ? Quel est ce « grand délire » dont parle Christian Perronne sur le plateau de TMC ?

La question semble basique. Mais le spectateur n’a en fait aucune information et, s’il se contente de regarder le film, il ne saura pas de quoi est-ce qu’on parle ici.

Il s’agit d’un extrait du Grand Oral, sur TMC, daté du 31 août 2020. Il est question du Covid, bien-sûr. Mais très concrètement, à ce moment-là, on parle de la 2ème vague. Nous devons rappeler ici, qu’en été 2020, certains prétendaient que l’épidémie de Covid était en train de se terminer et qu’il n’y avait aucune raison de craindre une 2ème vague. Christian Perronne (comme Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana, Louis Fouché, Alexandra Henrion-Caude et Didier Raoult) faisait partie de ces personnalités médiatisées qui niaient cette 2ème vague. Ce « grand délire » instrumenté, c’était la 2ème vague.

Il peut être utile de se replonger dans le contexte de l’époque, par exemple en prenant du temps pour fouiller dans les archives des médias et, ainsi, lire et réécouter ce qu’ils se disait. Pour donner une idée, nous partageons ici la courbe des nouvelles admissions pour Covid dans les hôpitaux français en 2020, avec la date du 31 août mise en évidence.

« Un grand délire » instrumenté par « Big Pharma » : est-ce que ces paroles du Pr Perronne étaient vraiment pertinentes au vu des événements en cours ? Le spectateur du film n’a guère le loisir de se poser cette question, vu que le réalisateur ne donne aucun élément de contexte, ni même aucune information sur le sujet de la discussion.

Cette succession d’images et de paroles laissera simplement la vague impression qu’il suffit d’un propos un peu vif et à contre-courant pour être taxé de complotiste.

Mais il y a encore mieux.

Encore un curieux découpage

Voici un extrait original de l’émission. Nous invitons le lecteur à le comparer avec l’extrait du film de B Crutzen que nous avons partagé plus haut.

Le réalisateur a découpé et remonté les propos de Christian Perronne.

– Ch Perrone : « …C’est un grand délire, mais qui est instrumenté, parce que c’est pas par hasard… »

– Journaliste : « Par qui ? »

– Ch Perronne : « Par Big Pharma, je pense. Et puis, aussi, les politiciens ont peut-être intérêt à ce que il n’y ait plus de rassemblements dans la rue, au mois de septembre-octobre, alors qu’il y avait de grandes manifestations annoncées, parce que là, la police va pouvoir réprimer tout rassemblement. On l’a vu ces dernier jours. Et tout ça est instrumentalisé… »

– Journaliste : « Vous savez quoi ? On va tout de suite vous dire que vous êtes complotiste, Pr Perronne ! »

Pourquoi le réalisateur a-t-il jugé utile découper les propos de Christian Perronne, supprimant discrètement le passage où il fait un lien entre l’idée d’une 2ème vague et la volonté des politiciens d’empêcher tout rassemblement ? Pour raccourcir son film de 14 secondes ?

Il nous semble assez clair que les propos de Christian Perronne auraient été perçus de manière très différente par les spectateurs du film, s’ils avaient eu quelques éléments de contexte et, surtout, si le réalisateur n’avait pas opéré ce curieux montage. Et il n’y aurait certainement pas eu grand monde pour s’offusquer que l’on parle de complotisme face à de tels propos.

Un mécanisme récurrent

Nous avons donc ici un discours difficilement défendable (d’autant plus après coup, alors que nous savons que, non, cette 2ème vague n’était pas juste un délire et, non, la pandémie n’était pas en train de se terminer en cet été 2020). Mais nous avons aussi quelques petits trucs qui rendent, en apparence, ce discours plus présentable. Et le qualificatif de « complotisme » semble du coup abusif.

Nous retrouvons là un mécanisme récurrent dans le film. Ne pas soutenir de manière explicite un discours ouvertement complotiste, mais déformer ce dernier et le présenter de manière très atténuée, anodine, voire sympathique, en trompant le spectateur avec mille stratagèmes. Le spectateur ne peut dès lors tirer qu’une conclusion : le discours en question est injustement dénigré, la notion de « complotisme » n’est qu’une étiquette infamante destinée à discréditer les contestataires ou les lanceurs d’alerte.

Grompf

 

]]>
/on-va-tout-de-suite-vous-dire-que-vous-etes-complotiste/feed/ 1
La deuxième vague en Belgique : «J’étais au montage» /la-deuxieme-vague-en-belgique-jetais-au-montage/ /la-deuxieme-vague-en-belgique-jetais-au-montage/#comments Tue, 07 Jun 2022 06:06:47 +0000 /?p=1132 Read More]]>

45:54 – Réalisateur : «Début octobre, nous avons un nouveau gouvernement et on nous parle de plus en plus d’une deuxième vague. J’aimerais savoir comment ça se passe aux soins intensifs des hôpitaux bruxellois. (…)»

Le réalisateur nous montre alors des images tournées le 7 octobre 2020, dans une unité de soins intensifs. Il n’y a que peu de patients. Nous avions déjà abordé cet épisode dans un précédent article : «Le Professeur Laterre, la deuxième vague et les populations allochtones.» Pour rappel, l’astuce consiste ici à illustrer la 2ème vague avec des images tournées bien avant le pic des hospitalisations, qui ne sera atteint que dans la première moitié de novembre.

Pourquoi ne pas y être retourné 1 mois plus tard, lorsque les hôpitaux étaient saturés ?

La RTBF, dans le cadre de son documentaire «Quand le doute vire au complot» a interrogé le réalisateur sur ce sujet : pourquoi n’a-t-il pas montré ce qu’il s’était passé dans les hôpitaux belges un mois plus tard, au pic de cette 2ème vague ? Nous laissons le soin au lecteur d’apprécier l’explication :

«J’étais au montage.»

 

Il était au montage ? Que faut-il comprendre ? Il ne pouvait plus intégrer de nouveau éléments à son film ?

Pourtant il y a des scènes qui se réfèrent à des événements postérieurs à ce pic d’hospitalisations, survenu dans la 1ère moitié de novembre 2020. C’est le cas, par exemple, de la scène consacrée au Pr Basetti, qui nous montre un article du Corriere della Sera daté du 19 novembre. C’est aussi le cas de la scène sur les tests PCR, basée sur un document de l’OMS publié le 14 décembre 2020. L’interview de la de la Docteure Vandermeeren date du mois de novembre (selon ses dires à elle). Nous ne prétendons pas être exhaustifs (nous n’avons pas «débunké» l’intégralité du film). Rappelons encore qu’au pic de la 2ème vague, Bernard Crutzen était encore en pleine «enquête.» Sur Facebook, il lançait un appel pour avoir des témoignages sur les pratiques qui viseraient à «gonfler les chiffres des hospitalisations, dont les médias nous rabâchent les oreilles.»

Bref, le prétexte technique ne tient guère la route.

«C’était au JT tous les jours»

La suite des explications du réalisateur est également très intéressante. Nous voyons ici un argument qu’il a utilisé à plusieurs reprises lorsqu’il était questionné sur les «petits arrangements allant dans le sens de son récit» qui caractérisent son film : «C’était au JT tous les jours. C’est bon là. Non ?»

Remarquons d’abord que cette explication ne cadre déjà plus avec ce qu’il a dit au préalable : «J’étais au montage». Après avoir invoqué un prétexte technique, ici, il invoque un choix éditorial assumé : «C’était au JT tous les jours», donc il ne voulait pas en reparler dans son film, de ces hôpitaux saturés.

Cette explication rappelle d’autres propos allant dans le même sens. Peu après la sortie de son film, il déclarait dans 7sur7 : «On reproche à mon film d’être partial, mais je le suis car les médias mainstream ont été partiaux dans l’autre sens. Pour être entendu et équilibrer la balance, il fallait que je tape fort.» Dans L’Avenir, il déclarait «Je vois mon film comme un contrepoids».

Posons la question clairement. Peut-on «contre-balancer» ce qu’on estime être une information partiale par une autre information partiale ? De spécialistes en éthique ou en épistémologie trouveraient sûrement ici de quoi disserter longuement. Nous allons cependant être brefs : celui qui prétend dénoncer une manipulation de l’information se devrait de proposer une information plus fiable que ce qu’il dénonce, et non pas manipuler à son tour.

Or, cette désinformation qu’il prétend dénoncer, il la fabrique lui-même largement par ses procédés, que nous pouvons qualifier de mensongers.

Grompf

]]>
/la-deuxieme-vague-en-belgique-jetais-au-montage/feed/ 1
Comment les experts ont-il pu anticiper de nouvelles vagues ? /comment-les-experts-ont-il-pu-anticiper-de-nouvelles-vagues/ Thu, 12 May 2022 14:11:48 +0000 /?p=1123 Read More]]>

20:25: «Je regarde de plus près les rapports du GEES, publiés à postériori et en anglais uniquement, nous dit Bernard Crutzen. Le langage utilisé est clairement celui des consultants.»

Hum, hum… Bizarre ?


Et le réalisateur de poursuivre :  « Dans le premier rapport, on lit déjà que la crise ne sera sous contrôle que lorsqu’on aura immunisé une vaste majorité de la population via une campagne de vaccination à grande échelle.

Le texte évoque aussi le risque d’une deuxième et troisième vague. Ce rapport date du 14 avril [2020]. Comment les experts du GEES ont-ils pu anticiper deux nouvelles vagues, alors que ce n’est pas la norme ?»

Grande question. Comment les experts du GEES (« Groupe d’experts en charge de l’exit strategy ») ont-ils pu anticiper deux nouvelles vagues, alors que ce n’est pas la norme ? Il semble y avoir quelque chose de très suspect, quelque chose de très mystérieux. Sauf que le réalisateur ne nous en dit pas grand-chose. Le spectateur est invité à faire preuve d’imagination et à deviner qu’elle est la thèse défendue ici.

Le rapport du GEES

Commençons par regarder ce que dit vraiment le rapport. Le passage cité provient de la première page du rapport en question, d’un paragraphe intitulé «1. The current crisis is a marathon»

«1. The current crisis is a marathon

The current crisis will not be fully under control until we have made the vast majority of the population immune through a large-scale vaccination. This means that we must prepare our society for a period of uncertainty that may last one year or longer. The current measures are not sustainable over this period from a psychological, social, economic & health perspective.

Therefore, we need to provide measures that can be implemented sustainably throughout the duration of the pandemic.

We will have to find a balance between a gradual restart of public life and the risk of a second or third wave, which our health system must be able to cope with. To convey this message correctly and clearly, a comprehensive and widely supported communication plan will be essential (…).»

En voici une traduction :

«1. La crise actuelle est un marathon

La crise actuelle ne sera pas totalement sous contrôle tant que nous n’aurons pas immunisé la grande majorité de la population par une vaccination à grande échelle. Cela signifie que nous devons préparer notre société à une période d’incertitude qui peut durer un an ou plus. Les mesures actuelles ne sont pas soutenables sur cette période d’un point de vue psychologique, social, économique et sanitaire.

Nous devons donc prévoir des mesures qui puissent être mises en œuvre de manière durable pendant toute la durée de la pandémie.

Nous devrons trouver un équilibre entre un redémarrage progressif de la vie publique et le risque d’une deuxième ou troisième vague, auquel notre système de santé doit pouvoir faire face. Pour faire passer ce message correctement et clairement, un plan de communication complet et largement soutenu sera essentiel (…).»

Vu dans son ensemble, le passage ne nous semble plus très mystérieux. La phrase concernée se révèle même franchement anodine lorsqu’elle n’est pas tronquée :

«Nous devrons trouver un équilibre entre un redémarrage progressif de la vie publique et le risque d’une deuxième ou troisième vague, auquel notre système de santé doit pouvoir faire face.»

Pas d’affirmation péremptoire. Juste un propos prudent, évoquant un risque, au milieu de considérations sur la pesée des intérêts et sur le besoin d’avoir des mesures soutenables sur la durée.

«Alors que ce n’est pas la norme»…?

«Alors que ce n’est pas la norme» nous dit le réalisateur. D’où sort cette affirmation ? De nulle part. Elle n’est étayée par aucune source sérieuse. C’est une affirmation complètement gratuite.

Nous avons aujourd’hui le recul, et nous savons bien que cette pandémie ne s’est pas arrêtée après ce que nous avons appelé la 1ère vague, dans la 1ère moitié de 2020. Et si nous fouillons dans les archives, nous voyons que les spécialistes du domaine craignaient l’arrivée d’autres vagues.

Plusieurs vagues, pour une pandémie, cela n’a rien d’exceptionnel.

Voici, par exemple, un extrait d’un article grand public, accessible à tout un chacun, publié en octobre 2020 :

«Rien de plus courant qu’un cycle épidémique. Les grandes maladies auxquelles l’homme a été confronté dans son histoire sont récurrentes. C’est une réalité à laquelle nos ancêtres étaient habitués. Ils voyaient ressurgir les maladies saisonnièrement, comme les mauvaises récoltes, tous les 5 ou 10 ans. La peste s’est arrêtée sans qu’on ne sache pourquoi… Les humains avaient-ils développé une immunité collective ? Ou les contaminations ont diminué toutes seules ?»

Nous pouvons encore rechercher ce qu’il se disait sur ces questions de vagues épidémiques avant l’arrivée du Covid.

Voici par exemple, un rapport du Sénat français, daté de 2010, intitulé «Mutation des virus et gestion des pandémies – l’exemples du virus A (H1N1)» :

« Une pandémie, en l’absence de mesures efficaces, évolue habituellement en vagues successives pouvant durer chacune de 8 à 12 semaines, séparées de quelques mois voire davantage. La pandémie pourrait également survenir en une seule vague avec un taux d’attaque élevé (35%) sur une période de plus de 12 semaines ; elle pourrait aussi se dérouler sur plus de deux vagues ».

Autre exemple, un rapport de 2006 du ministère de la santé du Québec, décrivant ce que serait une future pandémie de grippe :
«Le prochain virus pandémique serait présent sur notre territoire dans les trois mois suivant son émergence. Le premier pic de maladie pourrait se produire dans les deux à quatre mois suivant l’arrivée du virus.  La pandémie d’influenza se déroulerait en deux vagues ou plus. Chaque vague durerait de six à huit semaines au plus fort de son intensité.»

Le réalisateur affirme pourtant que 2 vagues ou plus, lors d’une pandémie, ce n’est pas la norme. Cette affirmation, gratuite et glissée à la va-vite, a le grand mérite de lui permettre de lâcher un sous-entendu lourd de soupçons.

Y’a-t-il eu une 2ème vague ?

La question nous semble absurde aujourd’hui. Mais une bonne partie des «experts» qui nous sont présentés favorablement dans le film avaient passé l’été 2020 à nier le risque de 2ème vague et à soutenir que l’épidémie était terminée : Matteo Bassetti, Yoram Lass, Pascal Sacré, Didier Raoult, Christian Perronne, Michaël Levitt, Luis Miguel Benito de Benito, etc.

Et le réalisateur lui-même avait nié cette 2ème vague. Par exemple, le 15 octobre, il était interviewé par le journal L’Avenir :

«La ‘première vague’ du Covid, le réalisateur n’en nie pas les dégâts, l’hécatombe. Mais la ‘seconde vague’ actuelle, il n’est pas d’accord. ‘On teste 20 000 personnes par jour et on parle d’une relance de l’augmentation des contaminations. Les tests ne déterminent pas qui est malade, mais qui est positif.»

Le film lui-même est très ambigu sur la question. La 2ème vague n’est pas ouvertement niée. Mais il y a une multiplication de sous-entendus et d’informations tronquées allant dans ce sens. Nous pouvons citer en exemple la scène tournée dans le service des soins intensifs le 7 octobre 2020 (le réalisateur illustre cette 2ème vague avec des images tournées 1 mois avant le pic des hospitalisations) et la scène où cette 2ème vague est comparée à la grippe saisonnière (avec un extrait du JT du 22 octobre, arrangé à sa manière).

Les experts ont fait leur travail ? Voilà qui est suspect !

Nous pourrions (et nous devrions) nous demander pourquoi est-ce que certaines personnes ont nié l’arrivée de cette 2ème vague. Or le réalisateur inverse habilement le problème. Ainsi, ce qui apparaît comme étrange, voire suspect, c’est que des experts travaillant dans leur domaine posent des hypothèses qui s’avèrent pertinentes.

Imaginons que, en plein mois de janvier, des météorologues annoncent un risque de grand froid dans les montages des Alpes Suisses. Et imaginons qu’un journaliste n’accorde aucun crédit aux météorologues, mais qu’il se fie à une diseuse de bonne aventure, armée de sa boule de cristal, qui aurait prédit des températures dignes des tropiques. Et, imaginons que le grand froid arrive effectivement. Que devrait faire alors notre journaliste ? Se questionner sur la confiance qu’il a accordée à la diseuse de bonne aventure ? Ou s’en tirer avec une formule pleine de soupçon et de sous-entendus telle que «Comment les experts du Météo Suisse ont-ils pu anticiper des journées de grand froid en janvier dans les Alpes, alors que ce n’est pas la norme» ?

Cela semble délirant, mais c’est pourtant bien ce qu’il se passe dans cette scène du film.

Grompf

PS: Précisions que, pour le présent texte, le point de départ de nos réflexions provient d’un passage d’un article de L’Écho (8ème point : «Si les experts prédisent l’avenir, c’est qu’ils ont un agenda caché.»)

]]>
Mort d’un enfant : «Ce qu’ils disent, comment ils le disent, et ce qu’ils taisent» ? /mort-dun-enfant-ce-quils-disent-comment-ils-le-disent-et-ce-quils-taisent/ Tue, 10 May 2022 06:49:38 +0000 /?p=1121 Read More]]>

Nous avons déjà longuement évoqué l’annonce de la mort d’un enfant de 3 ans,  son traitement médiatique et décortiqué ce que Bernard Crutzen en avait déduit.

Mais il y a encore matière à réfléchir.

Un vrai travail d’enquête journalistique sur cet épisode aurait sûrement été intéressant.

Il y aurait eu de bonnes questions à poser aux deux porte-paroles du Centre de Crise, Yves van Laethem et Boudewijn Catry, sur la manière dont la communication a été faite. Et nous trouvons fort dommage de ne pas connaître leur version des faits.

C’est d’autant plus dommage que le réalisateur, Bernard Crutzen a interviewé ces 2 personnes. Yves van Laethem apparaît dans le film. Nous renvoyons le lecteur à notre article sur les tests PCR.

Et nous rappelons au lecteur que, bien qu’absent lors de la conférence de presse en question, il s’était exprimé sur le sujet, le jour même, dans le JT de RTL Info.

Quant à Boudewijn Catry, son nom apparaît dans le générique de fin, sous la mention «Merci aux intervenants que nous n’avons pas pu conserver au montage». Il a été interviewé, mais nous ne savons rien de ce que lui et le réalisateur se sont dit.

Grompf

]]>
Bernard Crutzen et le mensonge par omicron /bernard-crutzen-et-le-mensonge-par-omicron/ Sat, 12 Feb 2022 08:02:18 +0000 /?p=1106 Read More]]>

Le 21 janvier 2022, Bernard Crutzen fait une conférence au cours de laquelle, il nous parle du mensonge par omicron: celui des médias qui cachent des informations. Mais finalement, qui ment?  Voyons de plus près.

Commençons par écouter les déclarations de Bernard Crutzen. Les médias ont caché l’information concernant la Grande Bretagne

Bernard Crutzen est donc très fâché parce qu’il s’attendait à ce que la RTBF et RTL (Je me suis tapé les deux JT) annoncent ce qui se passe en Angleterre – à savoir qu’ils vont mettre fin à peu près à toutes les mesures . Et, pas une allusion –  nous dit-il. Ni ce jour là, ni la veille. Pour moi, ça s’appelle un mensonge par omicron, ajoute-t-il. La suite, pour ceux qui souhaitent la voir, est du même jus.

On serait tenté de le croire, notre journaliste… Sauf qu’il nous a appris à vérifier ses dires. Donc on a été voir et on a pas été déçus:

Voyons la RTBF…

C’est dont un extrait du JT de 19h30 du 19 janvier 2022…

… et voyons RTL

Extrait du JT de 19h de RTL Info du 19 janvier 2022.

Grompf

 

]]>